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Il y a des projets qui naissent d’une envie de faire autrement.
Et puis il y a ceux qui naissent parce qu’à un moment donné, il faut simplement laisser sortir ce qui pousse à l’intérieur.
SOLIFERRUM appartient, pour moi, à cette seconde catégorie.
Le projet prend racine en 2020, dans cette période étrange où le monde s’est arrêté, où les portes se sont refermées et où chacun s’est retrouvé confronté à lui-même. C’est dans ce contexte que Yoann Roy commence à construire SOLIFERRUM. Cette fois, pas de groupe à faire vivre collectivement, pas de partition à partager : il compose, arrange et façonne seul.
Et cela change beaucoup de choses.
Même si l’on peut retrouver, à la première écoute, certaines couleurs qui rappellent l’univers de NIHIL, SOLIFERRUM ne cherche pas à en être une continuité. Il est né ailleurs, dans un autre espace de création, avec une autre nécessité. Yoann me le confirmera d’ailleurs simplement :
« Ce projet n’a rien à voir avec NIHIL. »
Tout est parti de lui, de ses envies, de ses compositions et de cette période particulière durant laquelle il a pu les faire exister à son rythme.
Et peut-être est-ce justement cette solitude originelle que l’on ressent dans AURORA.
Pas une solitude froide ou vide.
Une solitude dense.
À la première écoute, quelque chose m’a immédiatement happée.
J’y ai retrouvé certaines ambiances qui me sont familières, notamment dans cette manière de faire cohabiter une matière sombre et des mélodies qui semblent vouloir s’en détacher. Quelques réminiscences de doom, black mélodique ou atmosphérique peuvent traverser l’écoute, mais elles restent suffisamment diffuses pour ne jamais enfermer SOLIFERRUM dans une comparaison.
Car il y a surtout cette sensation d’apesanteur.
Les mélodies semblent parfois flotter au-dessus du morceau, comme si elles cherchaient à s’extraire de la matière qui les porte. Et pourtant, elles restent profondément ancrées. Le chant, notamment par sa tessiture, ramène constamment cette musique vers quelque chose de plus terrestre, plus dense, plus physique.
C’est cette contradiction qui m’a particulièrement intéressée.
Quelque chose monte, mais quelque chose retient.
Quelque chose semble vouloir s’échapper, mais doit d’abord traverser une matière épaisse.
Et c’est là que l’image m’est venue.
En écoutant les extraits de AURORA, j’ai vu du magma.
Pas celui qui coule librement sur les pentes d’un volcan.
Un magma qui pousse.
Un magma qui cherche son chemin à travers une entraille serrée de la Terre. Quelque chose de lourd, de chaud, de presque douloureux dans son déplacement. La matière force le passage, lentement, puissamment. Elle rencontre la résistance de ce qui l’enferme, mais elle continue de monter.
Vers le haut.
Vers l’air.
Vers la lumière.
C’est exactement cette impression que me laisse SOLIFERRUM : une musique qui semble venir des profondeurs et qui, pourtant, porte en elle une aspiration constante à l’élévation.
Le choix du titre prend alors une résonance particulière.
AURORA évoque naturellement la lumière, l’apparition, le commencement d’un nouveau cycle. Mais cette lumière n’arrive pas ici comme une évidence.
Elle semble devoir être conquise.
Elle apparaît au terme d’un mouvement intérieur, après la pression, la densité et cette volonté de franchir quelque chose.
Le contraste entre la lourdeur des guitares, la profondeur du chant et les nappes qui viennent ouvrir l’espace donne à l’ensemble une dimension presque organique. SOLIFERRUM ne cherche pas simplement à être sombre. Il travaille plutôt sur cette frontière entre l’obscurité et ce qui tente d’en sortir.
C’est probablement ce qui m’a le plus séduite dans ce que j’ai entendu.
Il y a de la matière, mais aussi de l’air.
De la pesanteur, mais aussi une forme de suspension.
De la noirceur, mais jamais complètement privée de lumière.
Et derrière tout cela, on devine une volonté très personnelle : celle de faire exister une musique qui n’a pas besoin de justifier son origine.
Elle existe parce qu’elle devait sortir.
Mais un projet construit dans la solitude doit forcément affronter un autre espace lorsqu’il devient live.
Ce qui était contenu dans les compositions de Yoann doit maintenant respirer à plusieurs.
Pour porter SOLIFERRUM sur scène, le projet s’est entouré de Floran Guillou ainsi que de Pierre-Yves Marani, Nicolas Dupont et Dany Billard. Une formation pensée pour donner une autre dimension à cette matière sonore et lui permettre de quitter les murs dans lesquels elle a été créée.
Le baptême du feu est prévu le 17 octobre 2026 à la Salle Simone Veil de Sauveterre-de-Guyenne, dans le cadre de la Seisach’ VII. Le festival, consacré au Metal extrême hexagonal, accueillera SOLIFERRUM pour son tout premier concert, quelques jours seulement avant la sortie de AURORA.
Et cette chronologie me plaît.
Parce qu’il y a quelque chose de symbolique à voir cette musique sortir de son espace de création pour rencontrer le public presque au même moment que son premier format physique.
Après avoir été composée dans l’isolement, elle devra désormais se confronter aux corps, au volume, à la scène, aux regards et à cette énergie particulière qui n’existe qu’en concert.
Le magma quitte alors la profondeur.
Il remonte.
Il éclate enfin à la surface.
SOLIFERRUM ne me donne donc pas l’impression d’un projet qui cherche à prendre la place de quelque chose d’autre.
Il me donne plutôt l’impression d’une brèche.
Une ouverture créée dans une autre partie de l’univers créatif de Yoann Roy, née d’une période particulière et nourrie par une liberté de composition différente.
Et peut-être est-ce là que réside la force de ce premier chapitre.
SOLIFERRUM ne cherche pas nécessairement à répondre à la question de savoir d’où il vient.
Il semble davantage vouloir savoir jusqu’où il peut aller.
AURORA sortira le 23 octobre 2026 chez M&O Music. Mais quelques jours avant, le 17 octobre, SOLIFERRUM aura déjà rencontré la scène pour la première fois à la Seisach’ VII.
Entre les profondeurs et la lumière, entre la matière et l’apesanteur, le projet semble avoir trouvé son propre mouvement.
Un mouvement lent, dense, parfois difficile.
Mais irrépressible.
Comme un magma qui, malgré tout ce qui tente de le retenir, continue de pousser vers la lumière.

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