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Gorod n’est pas de ceux qui choisissent la facilité. Depuis près de trois décennies, le groupe bordelais construit une identité qui ne cesse d’évoluer, repoussant les limites du technical death metal sans jamais perdre ce groove qui lui appartient. Avec The Ember Gone, huitième album studio, le quintet franchit pourtant un nouveau cap. Et c’est probablement ce qui surprendra le plus à la première écoute : Gorod semble avoir choisi de ralentir légèrement la course à la démonstration pour laisser davantage de place aux atmosphères, aux mélodies et à la progression des morceaux.
Pas question pour autant de parler de renoncement. La technicité est toujours là, omniprésente, mais elle se met davantage au service des compositions. Les guitares de Mathieu Pascal et Nicolas Alberny restent impressionnantes de précision, capables de passer d’un déluge de riffs à des passages beaucoup plus aériens avec une facilité presque insolente. La basse et la batterie suivent ce mouvement avec une redoutable efficacité, donnant à l’ensemble une assise particulièrement dynamique.
Dès les premières minutes, The Ember Gone donne ainsi le sentiment d’un Gorod qui veut raconter davantage qu’il ne cherche à impressionner. Et c’est précisément là que l’album devient intéressant.
Le groupe revendique ici un retour vers une approche plus progressive, déjà perceptible sur Transcendence, tout en ouvrant de nouvelles portes. Les morceaux respirent davantage. Les changements d’ambiances sont plus marqués et les arrangements prennent une importance nouvelle. Certaines nappes, quelques sonorités synthétiques ou des passages presque contemplatifs viennent se glisser dans cet univers sans jamais donner l’impression d’être artificiellement ajoutés.
Au contraire, ces éléments participent à cette sensation de tension permanente qui traverse l’album.
Car The Ember Gone porte particulièrement bien son titre. Là où Gorod avait pu regarder vers les étoiles sur ses précédents travaux, le groupe revient cette fois sur Terre, et pas franchement pour admirer le paysage. Les thématiques abordées sont profondément contemporaines : dérèglement climatique, méga-feux, société de consommation, conséquences de l’activité humaine ou encore rapport de l’homme à sa propre descendance.
Le propos aurait pu devenir pesant. Il ne l’est jamais.





Gorod préfère traduire cette inquiétude par la musique. Les contrastes entre puissance et respiration, entre violence et mélodie, donnent finalement une dimension presque cinématographique à l’album. On ne se contente pas d’écouter les morceaux : on traverse des paysages sonores parfois lumineux, parfois inquiétants, souvent en mouvement.
Et c’est probablement l’une des grandes réussites de ce disque.
Regret illustre parfaitement cette nouvelle orientation. Le morceau prend son temps, développe ses idées et laisse les guitares installer progressivement leur atmosphère avant de retrouver toute la puissance caractéristique du groupe. Forgiveness va encore plus loin dans cette recherche émotionnelle, avec une profondeur qui montre une facette particulièrement séduisante de Gorod. Les mélodies y occupent une place importante sans jamais faire disparaître l’ADN metal du groupe.
Puis vient Ignite, qui rappelle à quel point Gorod sait toujours faire parler la poudre. Le groove revient au premier plan, les riffs claquent, la mécanique rythmique fonctionne à merveille et l’on retrouve immédiatement cette énergie communicative qui fait la réputation du groupe sur scène.
C’est justement cet équilibre qui rend l’album aussi intéressant : Gorod expérimente, mais ne se perd jamais.






Julien Deyres accompagne cette évolution avec une interprétation qui s’intègre parfaitement à ces nouvelles compositions. Son chant conserve la puissance nécessaire au registre, mais il semble parfois moins être utilisé comme une arme supplémentaire que comme un élément venant renforcer l’atmosphère générale. Là encore, le groupe paraît privilégier la cohérence de l’ensemble à la démonstration individuelle.
Et évidemment, impossible de parler de Gorod sans évoquer les guitares. Elles restent au cœur du voyage. Les deux guitaristes livrent une nouvelle fois un travail remarquable, mais ce qui frappe surtout ici, c’est leur capacité à mettre leur virtuosité au service de la construction des morceaux. Les soli et les passages techniques ne sont pas là uniquement pour rappeler que les musiciens savent jouer. Ils participent réellement à l’identité de l’album.
Même les respirations ont leur importance.
Avec ses huit titres, The Ember Gone n’est pas un album qui cherche à multiplier les morceaux pour remplir une tracklist. Il propose plutôt un parcours relativement compact, cohérent et suffisamment varié pour maintenir l’attention jusqu’à ses dernières minutes. Crimson offre notamment une parenthèse instrumentale qui permet aux guitares de s’exprimer autrement, tandis que Remains referme l’album sur une tonalité particulièrement évocatrice.
Et c’est peut-être là que se trouve la plus belle surprise de cette nouvelle livraison : Gorod n’a pas cherché à refaire Gorod.
Après une discographie aussi riche, le piège aurait été immense. Reproduire la recette aurait probablement rassuré les fans les plus attachés au technical death metal flamboyant des Bordelais. Mais le groupe a préféré prendre un risque, élargir son vocabulaire et laisser davantage respirer sa musique.
Personnellement, c’est précisément ce choix que je retiens.
The Ember Gone est peut-être moins immédiatement explosif que certains de ses prédécesseurs, mais il gagne énormément à être écouté plusieurs fois. Les détails apparaissent progressivement, les mélodies s’installent, certains passages prennent une autre dimension et l’on découvre peu à peu toute la richesse du travail d’arrangement.
Gorod continue donc d’avancer. Et après presque trente ans de carrière, c’est probablement la meilleure chose que l’on pouvait attendre de lui.
The Ember Gone est un album ambitieux, intelligent et profondément musical. Un disque qui conserve la précision, le groove et la virtuosité qui ont fait la réputation du groupe tout en ouvrant une nouvelle fenêtre sur son univers.
Gorod ne brûle pas ses racines.
Il les laisse simplement alimenter un nouveau feu.
Un très beau chapitre supplémentaire dans l’histoire d’un groupe qui refuse décidément de tourner en rond.

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