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Il y a des albums qui cherchent à vous impressionner par leur complexité, et puis il y a ceux qui préfèrent vous attraper par le col avant de vous laisser le temps de réfléchir. Avec Delusion, MALKAVIAN semble clairement avoir choisi la seconde option. Sorti en janvier 2025 chez L’Ordalie Noire, ce troisième album marque une nouvelle étape pour le groupe nantais, qui a progressivement délaissé une approche Thrash plus alambiquée pour quelque chose de plus frontal, plus lourd et surtout nettement plus malsain.
Quarante-cinq minutes. Neuf titres. Et très peu de temps mort.
Dès « Calling Out the Prophet », le ton est donné avec une guitare qui ne cherche pas à faire dans la dentelle. Le riff est massif, la batterie cogne avec une précision chirurgicale et le chant de Romaric Lamare vient immédiatement épaissir l’ensemble. Mais MALKAVIAN ne se contente pas d’empiler les couches de violence. Ce qui fonctionne ici, c’est justement cette capacité à faire respirer les morceaux entre deux charges, à laisser quelques secondes de tension avant de remettre la machine en marche.
Le groupe a surtout compris quelque chose d’essentiel : la lourdeur ne dépend pas uniquement du tempo.
Certains passages sont rapides, d’autres beaucoup plus pesants, mais c’est le groove qui sert régulièrement de colonne vertébrale aux compositions. Les riffs sont suffisamment directs pour rester immédiatement en tête, sans pour autant tomber dans la facilité. La basse de Florian Pesset et la batterie de Martin Alias forment une assise particulièrement efficace, tandis que les guitares de Nicolas Bel et Alexandre Arnout alternent entre attaques franches, passages plus mélodiques et quelques échappées qui viennent casser la brutalité ambiante.
Et c’est probablement là que Delusion se distingue le mieux.
Car derrière son apparente simplicité, l’album possède un véritable travail sur les ambiances. Le Death Metal constitue désormais le socle, mais le groupe laisse entrer suffisamment d’influences pour éviter de rester enfermé dans un seul registre. Le Black apporte cette noirceur permanente, le Crossover injecte une certaine nervosité et quelques sonorités plus cinématographiques viennent parfois modifier la perception d’un morceau.
Cette dernière influence aurait pu tourner au gadget. Elle ne l’est finalement pas.
On pense forcément aux bandes originales des films fantastiques ou horrifiques des années 80 lorsqu’apparaissent certaines textures plus inquiétantes. Pourtant, MALKAVIAN ne donne jamais l’impression de vouloir transformer Delusion en bande-son de film. Ces éléments restent suffisamment discrets pour enrichir l’atmosphère sans prendre le dessus sur les guitares.
« Threshold of Death » et « Life Can’t Be Undone » poursuivent cette dynamique avec des compositions qui privilégient l’efficacité et la tension. Pas besoin ici de multiplier les changements de direction toutes les trente secondes : MALKAVIAN sait installer un motif, le faire monter en puissance puis le faire exploser au moment opportun.
« Splattering the Wall », déjà présente sur l’EP de 2020, bénéficie logiquement de cette nouvelle production et s’intègre sans difficulté au reste de l’album. Loin de donner l’impression d’un morceau rapporté pour compléter la tracklist, elle trouve naturellement sa place dans cet ensemble plus sombre et plus compact.
Puis arrive « Cold Place ».
Le morceau prend davantage son temps et installe une lourdeur qui tranche avec les titres les plus directs. Ici, MALKAVIAN ralentit suffisamment la machine pour laisser l’atmosphère prendre de l’épaisseur. La tension devient presque physique, comme si le groupe cherchait moins à provoquer le mouvement qu’à maintenir l’auditeur enfermé dans une sensation d’inconfort. Une approche qui fonctionne particulièrement bien et démontre que le groupe n’a pas besoin d’accélérer pour être brutal.
« Church of Violence » remet ensuite les compteurs à zéro avec un groove particulièrement accrocheur. C’est typiquement le genre de titre qui doit prendre une toute autre dimension sur scène : les riffs sont lisibles, les impacts parfaitement placés et cette mécanique rythmique donne immédiatement envie de bouger la tête. MALKAVIAN ne semble d’ailleurs jamais perdre de vue cette dimension live. Même dans ses passages les plus travaillés, l’album conserve quelque chose de très physique.
C’est peut-être aussi ce qui rend Delusion aussi efficace : on sent les morceaux pensés pour être joués, encaissés et partagés avec un public, plutôt que simplement admirés derrière une paire d’enceintes.





« Tormented Souls » et « Devotion » poursuivent cette trajectoire sans chercher à réinventer la formule. Certains pourraient justement reprocher au disque de rester trop longtemps dans une même zone de confort. Ce n’est pas totalement faux. L’homogénéité de l’ensemble peut parfois donner le sentiment que certaines compositions auraient gagné à prendre davantage de risques ou à développer des identités plus nettement séparées.
Mais cette relative continuité possède aussi son avantage : Delusion ne se disperse jamais.
Le disque avance comme un bloc, avec une production qui met parfaitement en valeur la puissance du groupe sans transformer chaque instrument en mur sonore indistinct. Le chant alterne profondeur et agressivité, les guitares conservent leur relief et la section rythmique fait exactement ce qu’on attend d’elle : elle ne se contente pas d’accompagner, elle pousse constamment les morceaux vers l’avant.
Et lorsque « Desperate All Out War » vient refermer l’album, le sentiment qui domine n’est pas celui d’avoir assisté à une démonstration technique. C’est plutôt celui d’avoir pris une bonne grosse dose de métal sombre, compact et suffisamment varié pour donner envie d’y retourner.
Avec Delusion, MALKAVIAN ne cherche donc plus vraiment à prouver qu’il sait jouer vite ou construire des morceaux complexes. Le groupe semble avoir trouvé quelque chose de plus intéressant : une identité basée sur l’impact. Les influences sont nombreuses, mais elles sont désormais suffisamment digérées pour servir un propos commun.
Il reste quelques longueurs et certaines idées pourraient être davantage poussées, mais l’ensemble tient solidement debout. Après plus d’une décennie d’existence, plusieurs albums, un EP et des passages remarqués sur les scènes de la région comme au Hellfest, MALKAVIAN aborde cette nouvelle période avec une direction artistique plus cohérente et surtout plus personnelle.
Delusion n’est pas un album qui cherche à vous convaincre gentiment.
Il vous tombe dessus, vous laisse quelques secondes pour reprendre votre souffle et recommence.

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